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Tenir un journal de gratitude : ce que les études observent

Avatar de Côme Bertholin-Vasseur

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3 min de lecture 4,0 (76 avis)

Noter chaque semaine trois choses dont on se sent reconnaissant n’a rien d’une pratique nouvelle, mais c’est l’une des rares habitudes de bien-être à avoir été étudiée par des travaux de psychologie publiés et cités depuis plus de vingt ans.

Les travaux fondateurs d’Emmons et McCullough

C’est une étude conduite par les psychologues américains Robert Emmons et Michael McCullough, publiée en 2003, qui a le plus contribué à populariser le journal de gratitude comme objet de recherche. Leur protocole comparait des groupes de participants tenant, chaque semaine, soit une liste de sujets de gratitude, soit une liste de tracas quotidiens, soit une liste neutre d’événements.

Les participants du groupe « gratitude » rapportaient un niveau de bien-être et de satisfaction de vie plus élevé que ceux des groupes témoins, sur la durée de l’étude.

Ce résultat, depuis repris et discuté dans de nombreux travaux ultérieurs de psychologie positive, reste l’une des bases empiriques les plus citées pour justifier la pratique régulière d’un journal de gratitude.

Ce que les études montrent, et ce qu’elles ne montrent pas

Les travaux disponibles montrent une association entre la tenue régulière d’un tel journal et une amélioration modeste, mais mesurable, de plusieurs indicateurs de bien-être subjectif déclaré par les participants eux-mêmes. Ils ne montrent en revanche aucun effet miracle : l’ampleur des résultats varie selon les études, certaines réplications obtiennent des effets plus faibles que l’étude originale, et aucun travail ne permet d’affirmer que la pratique agit sur des indicateurs de santé physique objectifs.

Cette nuance compte : un journal de gratitude s’appuie sur des données déclaratives, recueillies par questionnaire, et non sur des mesures biologiques. C’est un outil d’observation de soi documenté, pas un traitement au sens médical du terme, et aucune étude sérieuse ne le présente comme tel.

Pourquoi la régularité importe plus que la longueur de la liste

Plusieurs variantes du protocole ont comparé une tenue quotidienne à une tenue hebdomadaire du journal : les résultats penchent plutôt en faveur d’un rythme hebdomadaire, plus facile à maintenir dans la durée qu’un exercice quotidien qui finit par se répéter presque à l’identique et perdre de son effet. Une liste trop longue, remplie par habitude plutôt que par observation réelle, semble elle aussi moins efficace qu’une liste courte mais pensée.

Ce constat rejoint un phénomène bien documenté en psychologie, l’adaptation hédonique : à force de nommer toujours les mêmes sources de satisfaction, l’attention s’émousse et l’exercice perd de sa force. Varier les éléments notés d’une semaine à l’autre, plutôt que reformuler la même gratitude générique, ressort comme un facteur qui prolonge l’effet ressenti par les participants.

La forme la plus simple, celle qui a été testée

Le protocole original ne demande rien de sophistiqué : noter, à intervalle régulier, trois à cinq éléments concrets pour lesquels on ressent de la reconnaissance, en évitant les généralités trop vagues pour être reformulées la semaine suivante. C’est cette version courte et régulière, plutôt qu’un exercice long et occasionnel, qui a été la plus étudiée et qui reste la plus simple à tenir dans la durée.

Pour un aperçu plus complet de ces travaux de psychologie positive, l’article que leur consacre Wikipédia resitue le journal de gratitude parmi d’autres pratiques étudiées par ce champ de recherche. Notre rubrique Nature au Fil des Mois propose, elle, un ancrage tout aussi simple, mais tourné vers l’observation du vivant plutôt que vers l’introspection.


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