Vingt-neuf jours, douze heures et quarante-quatre minutes : c’est la durée du mois synodique, celui qui sépare deux pleines lunes ou deux nouvelles lunes consécutives. Ce chiffre, 29,53 jours, n’est pas rond, et c’est précisément ce qui rend le calendrier lunaire aussi capricieux qu’un calendrier solaire.
Un calendrier, quel qu’il soit, cherche à faire coïncider des cycles naturels avec une numérotation pratique des jours. Le Soleil impose l’année, la Lune impose le mois : le problème vient de ce que ni l’un ni l’autre ne tombe sur un nombre entier de jours, et qu’aucun des deux ne s’accorde parfaitement avec le second.
Deux mois lunaires, deux durées différentes
Le mois synodique se mesure par rapport au Soleil : c’est le temps qu’il faut à la Lune pour retrouver la même position apparente, vue de la Terre. Il dure 29,53 jours. Le mois sidéral, lui, se mesure par rapport aux étoiles fixes : la Lune y revient au même point du ciel en 27,32 jours seulement. La différence, environ deux jours, vient du déplacement de la Terre elle-même autour du Soleil pendant ce temps.
Cette distinction n’est pas un détail d’astronome. C’est elle qui explique pourquoi tous les calendriers lunaires, du calendrier musulman au calendrier chinois, s’appuient sur le mois synodique et non sur le mois sidéral : ce qui compte pour fixer une date, c’est l’aspect visible de la Lune, pas sa position parmi les étoiles.
Pourquoi la pleine lune ne tombe jamais le même jour deux mois de suite
Un mois civil compte 28, 30 ou 31 jours. Un mois lunaire en compte 29,53. L’écart semble faible, mais il se cumule vite : d’un mois calendaire à l’autre, la pleine lune recule ou avance de un à deux jours. Sur une année, ce décalage suffit pour qu’une pleine lune de janvier tombe en tout début de mois, puis quasiment en fin de mois onze mois plus tard.
C’est aussi ce décalage qui produit, en moyenne tous les deux à trois ans, un mois civil avec deux pleines lunes : la seconde, la plus tardive, est parfois appelée « lune bleue » dans la tradition anglophone, sans que cela n’ait de valeur astronomique particulière. Le phénomène reste une simple conséquence de l’arithmétique des durées.
Un troisième mois lunaire : le mois anomalistique et les « super lunes »
Le mois synodique et le mois sidéral ne sont pas les seules horloges lunaires. Il existe un troisième cycle, le mois anomalistique, d’environ 27,55 jours : c’est le temps que met la Lune pour revenir au même point de son orbite elliptique, tantôt proche de la Terre au périgée (entre 356 000 et 370 000 kilomètres environ), tantôt éloignée à l’apogée (entre 404 000 et 406 000 kilomètres environ).
Quand une pleine lune coïncide, à quelques heures près, avec un passage au périgée, son disque apparaît un peu plus grand et plus lumineux qu’à l’accoutumée : c’est ce que la presse a popularisé sous le nom de « super lune », une appellation qui n’appartient pas au vocabulaire de l’astronomie de position mais qui décrit un phénomène réel et mesurable.
Reconnaître les huit phases à l’œil nu
Entre deux nouvelles lunes, la Lune traverse huit phases repérables sans instrument, à condition de regarder au bon moment et dans la bonne direction du ciel. Chacune dure en moyenne 3,7 jours.
| Phase | Aspect visible | Moment d’observation |
|---|---|---|
| Nouvelle lune | Invisible, face non éclairée tournée vers nous | — |
| Premier croissant | Fin croissant à l’ouest | Juste après le coucher du Soleil |
| Premier quartier | Moitié éclairée, à droite | En fin d’après-midi et en soirée |
| Gibbeuse croissante | Plus de moitié éclairée | Soirée |
| Pleine lune | Disque entier éclairé | Toute la nuit |
| Gibbeuse décroissante | Plus de moitié éclairée, à gauche | Seconde partie de la nuit |
| Dernier quartier | Moitié éclairée, à gauche | Fin de nuit et matin |
| Dernier croissant | Fin croissant à l’est | Juste avant le lever du Soleil |
Cette table suffit à situer n’importe quelle observation, sans avoir besoin de connaître la date exacte de la dernière nouvelle lune.
Les calendriers lunaires, d’hier à aujourd’hui
Avant l’écriture, la Lune servait déjà de mesure du temps : ses phases sont plus faciles à observer nuit après nuit que la lente course annuelle du Soleil. Le calendrier musulman reste aujourd’hui purement lunaire, avec des mois de 29 ou 30 jours qui glissent sur les saisons d’une année à l’autre. Le calendrier hébraïque et le calendrier chinois, eux, sont luni-solaires : ils intercalent un mois supplémentaire certaines années pour rester alignés avec les saisons, un mécanisme que l’on retrouve aussi dans le comput utilisé pour fixer la date de Pâques.
Un calendrier purement lunaire, sur douze mois de 29,53 jours, ne compte que 354 jours : il prend onze jours d’avance sur l’année solaire chaque année, ce qui explique le glissement bien connu du ramadan sur le calendrier grégorien au fil des décennies.
Bien avant l’invention de l’écriture, des sociétés entières réglaient déjà leurs travaux et leurs rassemblements sur ce rythme, faute d’autre repère aussi régulier et aussi visible à l’œil nu que le retour de la pleine lune. Les encoches retrouvées sur certains os préhistoriques, interprétées par plusieurs chercheurs comme des comptages de nuits lunaires, témoignent d’un usage du ciel comme calendrier bien antérieur à toute institution.
Où trouver les éphémérides officielles
Pour connaître à l’avance l’heure exacte d’une pleine lune ou d’une nouvelle lune, il n’est pas nécessaire de calculer soi-même les 29,53 jours : l’IMCCE, l’Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides de l’Observatoire de Paris, publie chaque année les éphémérides officielles françaises, phases lunaires comprises, avec leur heure précise. C’est la référence à laquelle nous nous rapportons systématiquement dans nos calendriers du ciel.
Cette mission de calcul ne date pas d’hier : elle remonte au Bureau des longitudes, créé à la fin du XVIIIe siècle pour fournir aux marins des tables de position fiables, la Lune servant alors aussi de repère pour déterminer la longitude en mer avant l’invention des chronomètres embarqués précis. L’IMCCE, aujourd’hui rattaché à l’Observatoire de Paris, a repris et modernisé cette tradition de calcul de position, aussi bien pour la Lune que pour les planètes.
Pour prolonger l’observation au fil des saisons, notre rubrique Nature au Fil des Mois détaille, mois par mois, ce qui se joue dehors indépendamment du calendrier lunaire : floraisons, migrations et dormance hivernale suivent, elles, le rythme du Soleil et de la température.







